1956-2006 : 50 années de vécu militant à plusieurs étages
Des polémiques d’hier à celles d’aujourd’hui.
Du vécu local aux événements historiques.
Des personnages modestes aux personnalités célèbres.
Aventures, affiches de mai 68, fêtes, commissariats, portraits, poésie, politique en sarabande


divers
Quarante sixième texte : Passage au 21e siècle

* Sophie : Tu m’as parlé de crise de cancérophobie autour du moment de la retraite, avec un état dépressif. Tu n’as plus de problèmes de santé en cette fin de siècle?

* Guy : Si ! D’abord j’ai assisté dans notre maison creusoise à la mort de mon père, à Noël 1989, suite à une rechute de son infarctus. J’ai pris ma retraite en octobre 1990. J’ai été « ennuyé » par une hernie inguinale opérée fin juin 1992, puis par la prostate opérée en février 1993. Elle m’avait beaucoup perturbé à cause des obligations pressantes et répétées ! Une seconde opération de la hernie a été nécessaire fin octobre 1993. la série noire continue en 1994

  • En août 1995, nous sommes en vacances, Agnès, notre filleul Guillaume et moi dans la Somme. Un coup de téléphone m’apprend que maman a été retrouvée le matin, coincée sous son lit, et hospitalisée à Montluçon. Retour rapide. Maman a les bras et les jambes paralysés et commencent deux mois particulièrement pénibles. En août, nous allons, Agnès et moi, chaque jour voir maman à Montluçon
  • Agnès reprend le travail en septembre et je m’installe dans un hôtel de Montluçon, angoissé. Visites quotidiennes à maman qui ne mange presque pas et veut mourir. L’hôpital ne peut pas la garder indéfiniment et une maison de retraite d’Evaux les Bains finit par l’accepter. Nous partons en ambulance et les nombreux virages sont terribles pour son cœur ! On l’installe dans une grande chambre et elle demande un café. Je pars m’installer dans un hôtel d’Evaux et je reviens. Je lui parle et elle ne répond pas. Je finis par appeler. Elle vient de mourir !
  • Tu peux imaginer la suite, les complications pratiques et je n’ai guère envie de revivre tout cela. Tu devines également que le militantisme politique a subi des éclipses et des difficultés !
  • Pour rappeler un souvenir plus heureux : 1998 est l’année où la France remporte la coupe du monde de football, en battant le Brésil en finale. La joie est monumentale pour toutes et tous, blancs, noirs ou basanés, jeunes ou vieux, français ou non. Ce moment d’unité joyeuse a été un total bonheur !
  • Les footballeurs renouvelleront leur exploit en championnat d’Europe le 2 juillet 2000, contre l’Italie.

* Sophie : Tu avais des responsabilités dans un quartier tranquille qui ne connaissait pas les difficultés des cités et de leurs grands ensembles ?

* Guy : Détrompe-toi ! Je l’ignorais ; mais dans le quartier Plaine il y a une grande cité : la cité de la Tour du Pin, le long du Boulevard Davout et de la rue de Lagny. Cité relativement récente, mais connaissant tous les problèmes d’une cité. La mixité sociale n’y existe pas. Les communautés noires et maghrébines ont des rapports tendus. On dit qu’il y a un escalier « juif » et les blancs sont une petite minorité, mais le comité des locataires interdit aux jeunes de jouer au ballon, même de basket, sur l’esplanade centrale.

  • L’école primaire de la cité est coincée entre la cité, la petite ceinture et le square de l’ancienne gare de Charonne. Les enfants des classes moyennes sont partis dans des écoles privées. Donc les enfants « gaulois », comme la fille de Pierre Laurent, sont une toute petite minorité et victimes d’un racisme anti blanc : car les enfants colorés se vengent des humiliations subies dans la cité. Le directeur de l’école est désemparé car non formé pour ce type d’école et proche de la retraite ! Je viendrai un jour pour tenter d’apaiser une tension entre parents noirs et parents maghrébins !
  • Les jeunes demandent un local à eux. Il faut le trouver et la mairie ne veut pas leur confier la gestion de ce lieu. Un local attenant à la cité finit par être trouvé. Il sera géré par une association « Vivre autrement » que créent deux conseillers de quartier : Claudine Herbault-Laurent, femme de Pierre L. et Jean P. Mais il ne sera ouvert que dans la journée et la gestion de Jean P. me paraîtra discutable. Il avait de bonnes idées mais était trop autoritaire et préoccupé par sa propre réussite. Nous finirons par rompre dans des conditions pénibles ! Je crois que Vivre autrement n’existe plus et que les HLM n’ont pas fait d’excellentes modifications de structures.
  • Ce n’est pas le travail dont je suis fier

* Sophie : Il y a un homme dont on parle toujours et beaucoup^, à propos des Verts ; c’est Daniel Cohn Bendit. Que penses-tu de lui ?

* Guy : Je l’aime bien, même lorsque je suis en désaccord avec lui. Je l’ai apprécié en mai 68. Il est remarquablement intelligent ; il a beaucoup d’humour et a le sens de la répartie ; il sait prendre de la hauteur et apporter des idées neuves. Il sait se faire comprendre par la masse des gens, ce qui n’est pas si courant ! Cela fait déjà beaucoup ! Il faut que je lui trouve des défauts.

  • Tu m’obliges à approfondir et c’est intéressant. Il a abandonné le label révolutionnaire dans un livre : « Nous l’avons tant aimée, la Révolution » Mais il reste profondément libertaire et je pense que c’est l’origine de son hostilité à la notion de parti. Il préfère la structure mouvement, comme le mouvement du 22 mars en 68. Je ne comprenais pas son hostilité systématique à Cécile Duflot, alors qu’elle a été décisive pour la réalisation en 2009 de son idée pour les listes aux élections européennes de 2009, avec moitié de Verts et moitié de non Verts, y compris parmi les éluEs à la fin. Le score fut un triomphe totalement imprévu (16,28 % contre 16,48 pour le PS), avec l’élection de Dany, Eva Joly, José Bové, Yannick Jadot, Michèle Rivasi, et bien d’autres (14 éluEs autant que le PS).
  • Méthode reprise pour les élections régionales de 2010 (16,58 % pour Cécile Duflot en Ile de France, contre 25,26 pour Huchon et le PS).
  • Dany voulait changer les Verts et même les remplacer par une coopérative baptisée Europe Ecologie (un mouvement). Cécile, secrétaire nationale des Verts, ne pouvait liquider son parti. Un compromis fut trouvé ; le nom fusionna les deux idées avec EELV et fut créée une coopérative à côté du parti. L’idée de coopérative fut bien accueillie et les adhésions très nombreuses. Succès des deux larrons. Mais succès de courte durée, et déclin de la coopérative les années suivantes !
  • C’est là que je suis critique vis à vis de Dany. C’est quelqu’un qui n’abandonne pas les idées qu’il croit bonnes. Je pense qu’il a voulu utiliser la coopérative pour faire disparaître peu à peu le parti Vert. On peut lui donner raison ; mais je ne le crois pas. Le parti s’est défendu et avait le nerf de la guerre ; le fric et aussi l’organisation, les cadres. Dany n’a pas su trouver les hommes et les femmes pour faire vivre la coopérative. Je pense qu’il ne sait pas s‘entourer de gens à la hauteur et en particulier d’organisateurs ;
  • Pour moi, Macron porte cette idée de mouvement, opposée à la notion de parti, avec « En marche ». Celle-ci qui « marche » aujourd’hui sera t’elle un météore ou une réalité durable ? A suivre ! La structure mouvement exige un minimum d’organisation. Macron aura besoin d’éluEs et de trouver comment s’organise la démocratie dans cette horizontalité ainsi que les rapports avec les « penseurs ». Ce n’est pas étonnant que Dany fasse de Macron son second poulain pour 2017, après Yannick Jadot ! Macron ne semble pas vraiment écolo !
  • Nuit debout est une esquisse de mouvement. mais peine à s’installer dans la durée. Podemos, en Espagne est plus un parti qu’un mouvement et succède au mouvement des indignés. Le débat parti ou mouvement n’est pas nouveau et certainement pas fini !

* Sophie : Avec ma question sur Dany, nous avons beaucoup avancé dans le temps ! Revenons un peu en arrière, à la période fin du vingtième siècle de début du vingt et unième !

* Guy : En 1999, Daniel Cohn Bendit, notre tête de liste, obtient 9,72 % des suffrages à l’élection européenne, plus que François Bayrou ! J’avais redouté que les déclarations plutôt belliqueuses de Dany sur la guerre du Kosovo lui coûtent cher dans les urnes. Je m’étais trompé ; les Français ne sont guère sensibles à la politique internationale.

  • Les massacres de Srebrenica au Kosovo en 1995 (8000 hommes et jeunes hommes tués), perpétués par les Serbes sont qualifiés de génocides ou au moins de « crimes contre l’humanité » par l’ONU. Il faut y ajouter les12 000 civils tués pendant le siège de Sarajevo ! Epuration ethnique contre les Musulmans albanais. En 1999 recommence la guerre, avec l’expulsion de 800 000 Albanais du Kosovo vers l’Albanie et la Macédoine par les Serbes et les bombardements de l’OTAN, contestables.
  • C’est une période où je m’investis beaucoup chez les Verts, à tous les niveaux, le groupe local, Paris et l’échelon national avec les tendances. La tendance où j’accompagne Martine Billard change souvent de nom : «Désir de Vert », « Autrement les Verts », etc. C’est là que je rencontrerai Cécile Duflot, que je suivrai quand elle rompra avec Martine. Notre sensibilité montrait sa différence en demandant à Dominique Voynet de quitter le gouvernement Jospin et celle-ci reconnaîtra plus tard qu’elle aurait dû le faire ! L’année 2000 est celle d’une campagne des médias sur les prisons : surpeuplées, insalubres, avec des conditions sanitaires scandaleuses. Jospin décide des rénovations et la construction de nouvelles prisons.
  • Par contre, la croissance du PIB est de 3,9 %, comme pendant les 30 glorieuses, le chômage tombe à 8,5 % de la population active et le déficit au-dessous des 1,5 du PIB ! Cela ne fera pas gagner Jospin en 2002 !
  • L’année 2001 est celle des attentats terroristes contre les tours des Etats Unis et aussi celle des élections municipales, pour lesquelles j’ai beaucoup bossé. Nous ferons 17,70 % au premier tour, le 12 avril 2001, dans notre vingtième (liste conduite par Denis Baupin et Marie-Pierre Martinet).
  • Pour l’ensemble de Paris, Yves Contassot, tête de liste de « Un nouveau souffle pour Paris », obtiendra 12,35 % des voix et 23 éluEs au second tour, le 18 avril. Jacques Boutault deviendra maire Vert du deuxième arrondissement. Le nombre de conseillers Verts de Paris fera que les Verts soient indispensables pour avoir la majorité au Conseil de Paris et obligera Bertrand Delanoë, tête de liste de « Changeons d’ère » à des concessions dans la mandature ! Beau bilan ! 12 arrondissements seront passés à gauche !
  • Je serai secrétaire du groupe local Vert du vingtième, entre mai 2001 et octobre 2002, soit pendant 17 mois.

* Sophie ; Alors, parle-moi de cette expérience !

* Guy ; Globalement, j’en suis assez fier ! J’ai été élu facilement face à Laurent Boudereaux, comme je l’avais prévu, avec plus de 40 voix, car je connaissais parfaitement le groupe et j’avais préparé une bonne présentation de mon programme. Laurent, confiant peut-être à cause de mon âge, n’avait rien préparé et fait un petit malaise psychologique après mon intervention. Nous devons lui laisser le temps de récupérer.

  • Je suis fier d’avoir franchi le cap des 100 pour le nombre d’adhérentEs. Nous avons fêté cela au théâtre « studio de l’Ermitage » avec la présence de Cécile Duflot. Nous sommes passés de 93 en mai 2001 à 123 début octobre 2002, avec des adhésions en cours.
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Quarante cinquième texte : L’habit vert

* Sophie : Comment a évolué ton opinion sur les Verts ?

* Guy : En 1993 ou 1994, l’AREV 20 organise avec les Verts 20 un débat public sur l’ensemble des problèmes fondamentaux, et j’apprécie la qualité de leurs interventions. C’est en 1993 seulement que les Verts ont abandonné le ni-ni de Antoine Waechter (ni droite, ni gauche), donc nous avons des inquiétudes sur leur positionnement dans l’éventail politique ! Et arrive la campagne présidentielle de 1995 où Dominique Voynet est soutenue par l’AREV et la CAP avec ses Rénovateurs communistes. Nous faisons campagne ensemble et je découvre les militants Verts, dont un personnage étonnant.

  • Joël est un écologiste passionné qui s’efforce de vivre à la hauteur de ses convictions. Pour protéger les forêts et économiser le papier, il envoie comme secrétaire des convocations tassées sur un ruban de papier de un cm de large. Pour économiser le temps ? il parle très vite et multiplie les parenthèses de parenthèses ; il colle les affiches en courant ! Fascinant ! Mais deux personnages vont dominer pour les Verts cette époque dans l’arrondissement puis le groupe Vert de Paris et ils sont maintenant connus à l’échelle nationale. Ils deviendront des amis.
  • Martine Billard est entrée en politique dans la LCR qu’elle a quittée pour l’Organisation Communiste Révolution, OCI, puis l’OCT. Elle a alors été « établie » en usine, pour y porter la parole révolutionnaire ; elle est partie en Amérique du Sud lutter avec les révolutionnaires. De retour en France, elle adhère aux Verts 20 ? Elle sera tête de liste pour les municipales de 1995 et devient Conseillère de Paris, puis députée, pour deux mandatures, dans la circonscription des 4 arrondissements du centre de Paris, où le PS soutient les Verts. Enfin, elle rejoint le Parti de Gauche de Mélenchon où elle sera un temps coprésidente ! On peut penser qu’elle a joué un rôle dans la conversion à l’écologie de Mélenchon. Elle est secrétaire nationale à l’écologie dans le Parti de Gauche.
  • Elle est venue passer quelques jours dans ma maison creusoise ; j’ai assisté à son mariage avec l’ami Jean-Pierre Lemaire que j’ai connu au PSU, puis à l’AREV. C’est d’ailleurs lui qui était le leader du groupe qui a quitté l’AREV pour les Verts.
  • Denis Baupin a été reçu à l’école Centrale de Paris, donc il est ingénieur. Il est objecteur de conscience au moment du service militaire, puis directeur de Terre des hommes, expert pour le groupe Vert du parlement européen. Ensuite il devient collaborateur de Dominique Voynet à divers postes. Il est, comme je te l’ai raconté élu du vingtième arrondissement en 1995, puis conseiller de Paris en 2001 et adjoint de Delanoé, en charge des transports.
  • On peut dire qu’il est vraiment le père du premier tramway T3 sur le boulevard des Maréchaux, du Vélib, de Paris plage, des noctiliens, des mobiliens qui ont visé à rendre plus rapides les trajets des bus de Paris, père également de la Traverse de Charonne, premier petit bus de quartier. Comme il ne cache pas sa volonté de réduire la place de la voiture dans Paris pour réduire la pollution, on l’appelle le « khmer vert » et dans le 20e nous aurons à assumer les hostilités violentes des probagnoles, en particulier pour le bus 96.

* Sophie : Dis-donc ; tu es en train de faire un éloge dithyrambique de Baupin ! Que penses-tu des accusations de violences contre plusieurs femmes ?

* Guy : Je n’ai rien vu de ces violences, je n’ai même pas soupçonné les harcèlements. Certes j’ai été étonné par ses fréquents changements de partenaires féminines. J’en ai connu trois ; mais il est resté assez longtemps avec chacune d’entre elles, plusieurs mois et elles ont plutôt été affectées par la rupture. L’une d’elles l’a même expulsé en coupant ses cravates, quand elle a découvert son côté volage.

  • Je ne saurais excuser Denis pour son comportement vis à vis des femmes, dans l’absolu et, plus grave, comme détenteur d'un "pouvoir ! Mais je ne peux oublier tout ce qu’il a apporté aux Verts et même au pays, y compris comme député dans la lutte contre le nucléaire et pour une réelle transition écologique .
  • D’ailleurs 2001 a marqué une injustice à son égard. Il a été tête de liste pour les Verts Paris, face à Delanoé. Ce dernier a réussi à se présenter comme le père du tramway, des Vélibs, etc. et à faire paraître Baupin comme le responsable des embouteillages ! Certes Delanoé avait soutenu Denis, y compris parfois contre ses amis socialistes ; mais il savait très bien quelle importance avait eu Denis !
  • Il faut peut-être que je mentionne les livres qu’il a écrits «Tout voiture, no future », « La planète brûle, où sont les politiques ? », « La révolution énergétique, une chance pour sortir de la crise ». Mentionnons encore sa création de « Agir pour l’environnement », mais aussi, sur le plan politique mon désaccord avec lui sur la participation au gouvernement de Valls.
  • Sa carrière politique est finie. Quel gâchis ! Souhaitons, quelle que soit l'issue juridique, que l'action courageuse des femmes écologistes concernées contribue à dénoncer, haut et fort, au delà de Denis, l'attitude de nombreux hommes, politiques ou autres, vis à vis des femmes
  • Ces deux amis ont quitté EELV, mais restent écolos !


* Sophie : Quelle place prenez-vous dans le groupe local des Verts, toi et tes camarades de l’AREV

* Guy : Très vite, une grande place ! D’abord, ils et elles sont moins nombreux que nous le pensions et la comparaison numérique ne nous est pas vraiment défavorable. De plus, après l’adhésion, nous nous sentirons tout à fait à l’aise dans la sensibilité de Martine Billard. Ce groupe-là sera très longtemps la plus forte minorité. Notre camarade Serge Rivret deviendra vite secrétaire du groupe, pour deux mandats, donc plus de deux ans ; je lui succéderai pour 18 mois et serai remplacé par un ami de notre sensibilité.

  • Les divergences avec la tendance de Denis Baupin seront nettes ; mais entre les deux sensibilités il y aura un vrai respect, voire de l’amitié. Les tensions ne seront fortes que lors des votes locaux, donc normales et pas destructrices !
  • Les rapports avec Martine, Denis et aussi les militants verts étaient, avant 1998 bons, conviviaux. Serge, collaborateur de Martine à l’Hôtel de Ville poussait à l’abandon de l’AREV pour les Verts. Mais d’autres voulaient rester fidèles à l’AREV et Lara Winter était fermement contre. Je temporisais pour qu’il y ait une décision quasiment unanime.
  • L’occasion se présente en janvier 1998. En effet trois groupes politiques vont rejoindre simultanément les Verts. Ce sont : la totalité de CES (convergence écologie solidarité) de Noël Mamère, une minorité de l’AREV et une partie de la CAP. Tout notre groupe AREV 20 rejoint les Verts sauf Lara. Je serai même membre du CNIR (le parlement national des Verts, pour une mandature), car nous avons amené plus de 10 personnes ! Je m’y ennuierai !
  • L’intégration se fera sans difficulté et les Verts prendront la place de l’AREV dans l’utilisation du local la Teinturerie, rue de la Chine. J’écrirai dans le dernier numéro des Pavés de la Commune un édito intitulé « Continuité » !

* Sophie : Tu m’as surtout parlé du début de la mandature. Comment tout s’installe dans la durée ?

* Guy : Les conseils d’arrondissement ont souvent été peu passionnants. Y défilent à grande vitesse une quantité de votes sur des délibérations très techniques que nous n’avons eu que la veille et qui, souvent ne font pas débat. Les vrais débats politiques ont été fort rares et je ne suis vraiment intervenu qu’une fois, à propos de la guerre d’Algérie. Je raconte alors que le gouvernement ne voulait pas parler de guerre, disait « Evènements d’Algérie ». Je parle des tortures et de la rupture à ce sujet du général Paris de la Bollardière (elle lui vaudra soixante jours d’arrêt de forteresse). Je déclenche la colère de l’ancien maire Bariani qui a dû être « Algérie française » et je suis soutenu par un gaulliste, plus que par mes camarades socialistes.

  • Comme militant, j’étais critique sur les diverses décorations. Mais je découvre à quel point la réception de la médaille du travail, au moment de la retraite, est importante pour les gens de condition modeste. Car c’est le moment où la société reconnaît qu’ils ou elles ont joué un rôle social, que leur vie a été utile ! Leur émotion était extraordinaire, contagieuse, pour l’élu qui remettait la médaille !
  • Il me vient à l’esprit une autre activité de l’époque que j’ai assumée en tant qu’élu. Nommé par le maire, j’allais chaque lundi matin siéger dans une commission du CASVP (centre d’action sociale de la ville de paris) de la rue du Surmelin. Il s’agissait de ne pas laisser seules les personnes nommées par la droite, pour attribuer des aides aux plus défavorisé, en grande détresse.
  • Une assistante sociale présentait les dossiers. J’étais avec 5 ou 6 hommes de droite. L’un d’entre eux poussait vraiment à la générosité pour les démunis, par convictions ou par paternalisme ? Les autres le taquinaient en disant qu’il voulait copier Monseigneur Gaillot, connu pour son activisme dans le DAL (droit au logement). Ils auraient pu le comparer à l’abbé Pierre ; mais un évêque, c’est mieux ! Nos aides ne pouvaient qu’être modestes, et les tris étaient dramatiques pour moi ! .
  • Puisque je parle du DAL, il est né dans notre arrondissement. Nous avons soutenu, en 1990, la lutte de 48 familles avec enfants, expulsées de leur squat, qui ont campé quatre mois, place de la Réunion. Nous avons alors noué des liens amicaux avec « Babar », alias Jean-Baptiste Eyraud. Celui-ci rompt avec le Comité des mal-logés et crée le DAL qui occupera un immeuble au quartier latin et sera soutenu par nombre de personnalités dont Galliot et l’Abbé Pierre. Il est maintenant bien connu.
  • Il faut que je te parle d’une réussite de notre Conseil de quartier Plaine. Le maire Charzat décide qu’il veut faire du Cours de Vincennes les Champs Elysées de l’est parisien. Donc notre conseil multiplie les réunions de sa commission cadre de vie. Mon camarade gaulliste mobilise sa fille et une amie de celle-ci, urbanistes et architectes.
  • L’arrivée de la rue des Pyrénées sur le Cours est beaucoup trop large et dangereuse pour les piétons. Le Cours est beaucoup trop asphyxié par les voitures en stationnement. L’esplanade côté 20e devrait être végétalisée. Enfin nous souhaitons que le bus 26 ne termine pas son trajet à côté du lycée Hélène Boucher mais aille jusqu’à la place de la Nation. Le couloir de bus nécessaire réduira un peu la circulation sur le Cours. Les deux jeunes femmes nous produisent un long fascicule visualisant nos ambitieux projets, en couleurs, un petit cahier bien lisible.
  • Michel Charzat obtient une réunion à l’Hôtel de Ville sur son projet. Il n’a pas de propositions détaillées et nous sommes invités. Notre projet visualisé par le fascicule impressionne les techniciens. Je ne sais pas si les décisions sont prises par cette équipe de droite ou par Delanoé quand il devient maire de Paris. Mais l’état actuel satisfait à l’essentiel e nos demandes. L’arrivée de la rue des Pyrénées est devenue raisonnable grâce à la création d’une placette ; le bus 26 va enfin jusqu’à la place de la Nation ; le stationnement a été réduit, sans que les commerçants montent au créneau ; l’esplanade est un peu plus végétalisée.
  • Je t’ai parlé de notre présence dans les associations de luttes. Il faudrait ajouter que je suis allé assez souvent assister aux réunions du comité 19-20 de AC ! (Agir contre le chômage) que je trouvais trop théoriques et pas assez dans les actions concrètes. J’y retrouvais de vieux amis du PSU, et aussi Paul et Micheline de TAC (tribune anarchiste communiste) que j’ai beaucoup côtoyé rue de la Chine où ils avaient eux aussi leur off-set !
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Quarante quatrième texte : De Nixon aux années Jospin

* Sophie : Comment analyses-tu le maire de l’époque : Michel Charzat ? Quelles étaient tes relations avec lui, et celles de tes camarades ?

* Guy : C’est un personnage complexe. C’est un intellectuel, un homme cultivé et pas seulement sur le plan politique et économique, mais aussi sur le plan culturel, sur l’art. Très vite, après son adhésion au PS en 1968, il devient l’un des théoriciens du CERES de Jean-Pierre Chevènement (et l’un de ses fidèles). Mais il ne suivra pas Chevènement quand celui-ci quittera le PS.

  • C’est un bourgeois et ce n’est pas un hasard s’il habite le seizième et qu’il y est resté, alors qu’il savait bien que c’est un handicap que ses adversaires utilisent. Ce n’est pas un mari fidèle. Je le croyais hautin, méprisant et, en visitant avec lui le quartier Plaine, j’ai découvert que c’était un timide ; ce qui n’efface pas le fait qu’il soit conscient de sa valeur ! Il a su laisser de la liberté à ses adjoints, y compris à l’écolo Fabienne Giboudeaux, par exemple pour l’écoquartier Fréquel Fontarabie.
  • Michel Charzat s’ennuyait fort dans les débats, souvent terre à terre, des conseils de quartier. Il ne se réveillait vraiment que lorsque la grande politique passait le bout de son nez. Pourtant il a bâti son image sur la démocratie participative ! Il a été virulent, féroce contre les rocardiens de son parti ; tellement que l’un de ses élus : Alain Riou a fini par rejoindre les Verts.
  • Sur le plan politique ou politicien il n’admettait pas que ses collaborateurs aient des positions différentes des siennes. Ainsi pour la mandature suivante il pensait que Jack Lang était la meilleure tête de liste pour conquérir Paris et pas Delanoé. L’adjoint PS Jean André Lasserre qui soutenait Delanoé a été mis sur la touche pour cette seconde mandature, alors qu’il avait été excellent, et menacé de représailles !
  • Denis Baupin, alors collaborateur de Dominique Voynet, rencontrait avec elle bien des personnalités nationales, sans aucun complexe. Pourtant il était impressionné par Charzat et mal à l’aise avec lui. Bizarre !
  • Cela me fait penser que les divergences, peuvent ne pas empêcher la solidarité, voire l’amitié ! Tu sais peut-être que Martine Billard est actuellement collaboratrice de Mélenchon et Denis aurait souhaité que les écolos restent au gouvernement de Valls ! Déjà, à l’époque, leurs divergences politiques existaient nettement. Or, Denis, employé à mi-temps par Voynet, avait un fort petit salaire et Martine Billard, conseillère de Paris, l’a aidé financièrement pendant plusieurs mois. !

* Sophie : Tu me dis que tu as oublié de me raconter un incident curieux survenu dans ta résidence. J’espère que cela est intéressant ! Allons-y !

* Guy : Je t'ai dit que j’avais été élu en 1969 dans la direction nationale du SNES, syndicat majoritaire des enseignants du second degré. Je représentais seul lors d’un congrès la tendance minoritaire Rénovation syndicale..

  • Richard Nixon (président des Etats-Unis entre 1969-1974) est en voyage à Paris, les 1 et 2 mars 1969. Il symbolise l’atroce guerre menée par son pays contre le Vietnam et le Cambodge, les bombardements au napalm et leurs déforestations, etc. La jeunesse américaine est déchaînée contre lui. Le PSU a prévu de coller massivement des affiches « Nixon go home ». Le général De Gaulle est encore président de la République française.
  • A cause du congrès du SNES, je ne peux coller ce week-end là ! Tout le matériel : balais, seaux, affiches est dans ma cave. Deux équipes se forment et je donne le numéro du cadenas à Claude Picart. Je passe ma soirée du samedi au congrès et je rentre vers 23 heures, bien fatigué ! Coup de téléphone d’Arielle, la femme de Claude qui me dit que les deux équipes, environ 10 personnes, ont été arrêtées, dans mon hall, et que je dois les faire libérer car ils sont accusés d’avoir volé dans ma cave.
  • En fait, plusieurs habitants de mon escalier sont hostiles à mes activités politiques; et les bavardages à la sortie de réunions dans mon appartement les agacent sérieusement. Ils ont trouvé une bonne occasion de nous ennuyer ; quand la bande de mes camarades est rentrée joyeusement, ils sont descendus dans le hall et ont crié « au voleur », appelé le gardien, puis la police. Mes camarades ont expliqué qu’ils avaient, avec mon accord, déposé du matériel dans ma cave, qu’ils connaissaient le numéro du cadenas ; les flics disent : «Bon ! Montrez-nous ! » La police entre dans la cave et saisit des exemplaires des affiches ; puis embarque la bande de « comploteurs ».
  • Je téléphone au commissariat et celui-ci commence par nier les arrestations. Je parlemente et dis que quelqu’un a assisté à la scène. Heureusement les locataires du rez-de-chaussée étaient sympas et Claude avait eu le temps de leur demander d’appeler sa femme, ce qu’ils avaient fait. Ma négociation n’aboutit pas car la police dit que la décision dépend des instances supérieures ! Je téléphone à notre avocat Maître Henri Leclerc, célèbre, qui me dit : « La police a fait une énorme bêtise puisque c’est une perquisition sans mandat, donc une violation de domicile. Ils vont réaliser et libérer tes amis. Retourne demain tranquillement à ton congrès »
  • Je retourne au congrès le dimanche matin et cela me permet d’arracher la possibilité d’une déclaration indignée sur les méthodes policières et les complicités du régime avec les affreux Etats-Unis. A midi je téléphone à Arielle pour vérifier que Claude et les autres ont bien été libérés ! Stupéfaction, c’est non. Alors il faut que j’aille moi-même au commissariat, malgré le congrès du SNES, pour qu’enfin ils soient libérés après une nuit et une matinée passées au poste! Leclerc nous conseille de porter plainte pour violation de domicile ; mais nous apprenons que cela nous coûterait une fortune. Nous renonçons !

* Sophie : je pense que nous arrivons en 1997 à une seconde cohabitation et au gouvernement « gauche plurielle » de Jospin?

* Guy : Oui ! Le gouvernement de Alain Juppé nommé par le président Jacques Chirac a déclenché, contre son plan__ sur les retraites et la Sécurité sociale, un énorme mouvement populaire. Le président veut lui donner une assise solide pour les 5 ans qui restent et aussi pour négocier ce qui deviendra la zone euro. Les sondages sont positifs pour lui. Il décide donc de dissoudre l’Assemblée nationale.

  • Les sondeurs se sont trompés et c’est la gauche qui gagne nettement le premier juin 1997. C’est une gauche qui sera baptisée « plurielle ». Elle comporte le PS, le PC, le mouvement des citoyens de Chevènement, les radicaux de gauche et les Verts. Avec le recul, je trouve que le gouvernement Jospin est impressionnant, avec quantité de « poids lourds » de la politique. Ecoute bien !
  • Martine Aubry (emploi-solidarité), Elisabeth Guigou (justice), Claude Allègre (Education nationale, qui heurtera les enseignants, remplacé par Jack Lang en 2000), Jean-Pierre Chevènement (intérieur), Hubert Védrine (remarquable ministre des affaires étrangères), Pierre Moscovici (affaires européennes), Dominique Strauss-Kahn (économie, puis Laurent Fabius en 2000), Alain Richard (défense), Catherine Trautmann (culture), Louis Le Pensec (agriculture puis Jean Glavany), Marie-Georges Buffet (jeunesse et sport), Edouard Vaillant (relations avec le parlement), Dominique Voynet (environnement puis Yves Cochet), Jean-Luc Mélenchon (délégué à l’enseignement professionnel), Ségolène Royal (déléguée à l’enseignement), Bernard Kouchner (délégué à la Santé), Claude Bartolone (délégué à La Ville), Jean-Claude Gayssot du PC (équipement, logement, transports).
  • Michel Sapin sera ministre de la fonction publique en 2000.Idem pour Roger-Gérard Schartzenberg (ministre de la recherche et radical de gauche) et Catherine Tasca (ministre de la culture et de la communication).
  • En cherchant, pour toi, les membres des gouvernements Jospin, j’ai eu envie de connaître sa vie. Et stupéfaction ! Je découvre que le début de son engagement politique est assez analogue au mien : adhésion en 1958 à l’UGS (union de la gauche socialiste) et logiquement participation à la création du PSU, en 1960. On ne mentionnait jamais cela, à son propos !
  • Après ce bon départ, les choses se gâtent. Jospin est reçu à l’ENA, puis part faire son service militaire et fait de « mauvaises rencontres ». Il adhère, sous ces influences, à l’OCI (organisation communiste internationale). Ce groupe est le plus sectaire, le plus ambigu des groupes trotskistes, le plus violent également. Il a agressé physiquement ses « ennemis » du groupe trotskiste des camarades de Krivine, la LCR, essayé de les jeter dans le canal Saint Martin ! Il a également défenestré une militante du PC ; heureusement ce n’était que du premier étage ! Ils ont régulièrement un candidat à la présidentielle où ils n’atteignent jamais les 1 % ; je ne sais pas pourquoi ils changent régulièrement le nom de leur petit parti. Par contre ils ont fourni une bonne partie des cadres dirigeants du syndicat FO et du PS, en commençant par Jospin, Cambadélis, etc. Leur formation intellectuelle et politique est remarquable ; mais, manifestement très compatible avec la ligne social-démocrate.
  • Ils nous disaient que le PSU était le Vatican en France, parce que la majorité des ouvriers PSU étaient des chrétiens. Ils ne voulaient pas considérer que ces chrétiens étaient vraiment laïcs et très révolutionnaires, prenant des risques personnels avec le FLN algérien et étaient en général membres de la CGT.
  • Revenons à Jospin. Son gouvernement fut un bon gouvernement ; tout le monde le dit. Bon sur le plan économique, comme sur le plan social : réduction du temps de travail à 35 heures, adoptée en 2000, loi sur le PACS pour les homos, loi sur les conseils de quartier, loi sur l’AME (aide médicale d’état) et sur la CMU (convention maladie universelle), réhabilitation des mutins de la guerre de 1914.Par contre la gauche peut regretter le nombre fort important de privatisations.
  • Une erreur grave : le remplacement du septennat pour les présidents de la République par le quinquennat, en liaison immédiate avec les législatives, ce qui accentue le présidentialisme français. Au lieu de penser loin et haut, il a pensé court terme ; il pensait en bénéficier lui-même, en devenant président de la République en 2002. Autre erreur : Jospin dit que son programme n’est pas socialiste mais « moderne » (boulevard pour Lutte Ouvrière et la LCR).
  • Il fait campagne sur son bilan. Or, on ne gagne pas sur un bilan ; on gagne sur un projet. Et le 21 avril 2002, au soir du premier tour de l’élection présidentielle, c’est un coup de tonnerre qui élimine la gauche pour le second tour.

* Jacques Chirac : 19,88 %, Jean-Marie le Pen : 16,86, qualifiés pour la suite

* Lionel Jospin : 16,18, Bayrou : 6,84

* Arlette Laguillier : 5,72 Chasse Pêche Nature etTradition : 4,23

* Jean-Pierre Chevènement : 5,33 Maddelin, libéral : 3,91

* Noël Mamère : 5,25, Bruno Mégret : 2,34

* Besancenot : 4,25 Coinne Lepage : 1,8

* Robert Hue, PC : 3,37 Christine Boutin : 1,19,

* Taubira : 2,32

* Parti des travailleurs : 0,47 Au total 8 à gauche, et 8 à droite !! Divisions

  • Lionel Jospin abandonne la vie politique et démissionne de son poste de Premier ministre. Il aurait pu fort bien, légalement, rester à son poste pour préparer les législatives. Sans rechercher toutes les causes de l’échec, y compris les siennes, Jospin mettra la responsabilité sur les divisions de la gauche. Je suis frappé de constater que les trotskistes, divisés en trois candidatures, font au total 10 %. Chevènement avait été fort virulent contre Jospin pendant la campagne.
  • Il y aura une énorme manifestation contre la menace Front National et toute la gauche soutiendra Chirac pour le second tour. Il dépassera les 80 %, mais ne renverra pas du tout l’ascenseur.